Stellantis inquiet : pourquoi le moteur thermique va (mal) survivre

L’annonce de l’Union européenne d’assouplir l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 devait rassurer. Pourtant, elle provoque une levée de boucliers chez Stellantis et d’autres géants de l’automobile. Pourquoi une nouvelle supposée positive déclenche-t-elle autant d’inquiétude ? Parce que derrière l’ouverture apparente, se cache peut-être la fin programmée d’un pan entier de l’industrie européenne.

Une décision qui ressemble à un cadeau… empoisonné

Bruxelles a réduit son objectif : au lieu d’une réduction de 100 % des émissions de CO₂ en 2035, ce sera finalement 90 %. Cela signifie qu’un tout petit volume de voitures thermiques pourra continuer à être vendu. Loin de susciter l’enthousiasme, cette annonce est perçue comme un geste symbolique plein d’ambiguïtés.

Pour les constructeurs comme Stellantis, cette marge étroite ne suffit pas. Pourquoi investir des millions pour produire des moteurs plus propres s’ils ne peuvent être vendus qu’en quantité limitée ? Le retour sur investissement est quasi nul. Résultat : les industriels voient cette « ouverture » comme un piège plutôt qu’une opportunité.

Chez Stellantis, un changement de ton radical

L’arrivée d’Antonio Filosa à la tête de Stellantis marque un tournant. Contrairement à son prédécesseur, il adopte un ton plus combatif. Pour lui, la stratégie de Bruxelles est irréaliste, coûteuse et dangereuse. Il tire la sonnette d’alarme : « On veut imposer une transition brutale sans tenir compte des réalités sociales et économiques. »

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Selon Filosa, l’accès à une voiture abordable devient un luxe. Étouffés par les normes, les moteurs thermiques risquent simplement de disparaître. Il ne s’agit plus seulement d’énergie, mais d’égalité d’accès à la mobilité pour des millions d’Européens.

Un investissement massif pour un bénéfice minime

En théorie, les voitures thermiques pourraient survivre au-delà de 2035. Mais dans la pratique, tout semble les condamner. Développer une nouvelle génération de moteurs répondant aux futures normes nécessiterait des centaines de millions d’euros.

Voici le paradoxe :

  • Les constructeurs doivent faire ces investissements aujourd’hui
  • Mais ils ne pourront les rentabiliser qu’à travers les 10 % de ventes autorisées après 2035

Ce dilemme crée une impasse. Aucun dirigeant ne validera une stratégie déficitaire. Résultat ? Le moteur à combustion est condamné à une mort lente, malgré un assouplissement qui semble le sauver.

Le pari risqué de l’électrique massif

Pour que l’objectif européen fonctionne, il faudrait que 66 % des ventes de voitures d’ici 2030 soient électriques. Un saut gigantesque quand on sait que, pour l’instant, le marché reste fragile : les véhicules sont chers, les stations de recharge encore trop rares et concentrées dans certains territoires.

Forcer la main aux consommateurs sans lever ces obstacles conduit à un scénario dangereux. L’Europe pourrait se retrouver sans un vrai marché thermique viable et avec un marché électrique qui n’a pas encore décollé. C’est le pire des cas pour l’industrie automobile.

Le vrai combat : conserver une industrie auto européenne forte

Et si le problème était ailleurs ? Derrière la guerre entre thermique et électrique, une autre bataille se joue : celle de la souveraineté industrielle. L’Europe va-t-elle continuer à produire ses voitures, ou dépendra-t-elle des usines chinoises ou américaines ?

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Alors que les concurrents asiatiques et américains renforcent leur protectionnisme, l’Union européenne reste timide. Les mesures « made in EU » sont jugées symboliques et inefficaces. Sans réforme claire, le continent pourrait perdre sa position industrielle face à des acteurs mieux armés.

Un avenir incertain pour le moteur thermique

Même si l’interdiction totale est adoucie, l’avenir des véhicules thermiques après 2035 reste très limité, confiné à des marchés de niche. Des modèles de luxe, des usages spécifiques, mais pas de volumes suffisants pour justifier des investissements lourds.

Les grands perdants pourraient bien être les classes moyennes et ouvrières, pour qui la voiture électrique reste encore trop chère. À moins d’un grand virage stratégique, le moteur thermique ne survivra pas à sa propre survie annoncée.

Faut-il vraiment choisir entre thermique et électrique ?

Ce n’est peut-être pas le bon débat. Le vrai enjeu pour l’Europe, c’est de maîtriser sa chaîne de valeur, de la conception jusqu’à la production des voitures, thermiques ou non. Si le moteur thermique disparaît, il faut que ses emplois se déplacent vers l’électrique sans que l’Europe y perde sa souveraineté industrielle.

Et c’est toute la frustration des acteurs comme Stellantis : sans une vision claire, inclusive, et adaptée au terrain, cette transition risque d’effriter l’un des piliers économiques du continent.

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Céleste B.
Céleste B.

Passionnée de gastronomie et amoureuse des belles choses, Céleste B. vous emmène dans son univers culinaire, où chaque plat est une œuvre d'art. Avec son expérience en tant que chef à domicile, elle partage ses recettes préférées et ses astuces pour sublimer votre table.